Cinq jours aux mains de la Milice

Adrien Glenisson

Membre du Conseil national et du Secrétariat de l’Union des Cheminots Résistants de l’A.N.C.A.C., Adrien Glenisson raconte, dans Les Cheminots dans la Bataille du Rail, son arrestation par la Milice et les cinq jours de brutalités qu’il subit en mars 1944.

Arrêté le 9 mars 1944, alors qu’il s’apprête à remettre des renseignements à son supérieur, il est fouillé, menotté et conduit dans les locaux de la Milice. Dès son arrivée, il reçoit un coup de poing qui le projette à terre. Les miliciens déclarent que tout est fini pour lui et commencent l’interrogatoire. Ils agitent les documents saisis chez lui et veulent obtenir son code, les noms de ses chefs, les chefs des maquis, l’emplacement des armes, ainsi que les membres du groupe de résistants du dépôt SNCF.

Les questions reviennent sans cesse, accompagnées de coups. Glenisson est frappé, jeté à terre, roué de violence jusqu’à perdre connaissance. Il a les dents cassées, les yeux tuméfiés, et sa vue se trouble. Les miliciens le menacent de mort et évoquent Katyn pour l’intimider. Malgré les violences, il refuse de répondre.

Les tortionnaires tentent ensuite de l’humilier. Ils lui montrent une image d’Hitler et le questionnent. Puis ils demandent ce qu’il pense de Pétain. Sa réponse déclenche de nouveaux coups : il est tiré par les cheveux, jeté à terre et menacé à la baïonnette.

Pendant cinq jours, il est soumis à la faim, au froid, au manque de sommeil et aux interrogatoires répétés. On lui verse de l’eau glacée sur la tête, provoquant une forte fièvre. Même sa demande d’aller aux W.-C. reste sans réponse. Un milicien finit par lui annoncer qu’il sera fusillé le lendemain matin. Il passe une nuit agitée, pleine de cauchemars.

Le lendemain, il n’est pas conduit au peloton, mais remis à la première Brigade mobile politique de la rue de Bassano. Adrien Glenisson est ensuite interné au camp de Voves le 6 avril 1944, transféré à Compiègne, déporté le 21 mai 1944 au camp de Neuengamme, puis à celui de Sandbostel, avant d’être rapatrié le 28 mai 1945.

Ce témoignage, précis et poignant, rappelle la détermination, le courage et le silence de ceux qui ont résisté sans faiblir malgré les violences et les menaces.

Continuer le devoir de mémoire, c’est transmettre leurs mots, leurs épreuves et leurs noms.

Chaque fois que nous les partageons, nous leur rendons hommage et nous faisons vivre leur courage.

Emmanuel SANGLIER

Président de la section ANCAC Alsace-Moselle