Commémoration de la journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme - Limoges
Le 11 mars 2026 au jardin de l’évêché à Limoges

« Vous n’aurez pas ma haine »
À l'origine, « Vous n'aurez pas ma haine » est le titre d'une lettre ouverte que l’auteur, Antoine Leiris, publie sur les réseaux au lendemain de l'attentat du 13 novembre 2015 après la mort de sa femme.
« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous offrirai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans.
Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre mon fils qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »
Antoine Leiris
« Vous n'aurez pas ma haine » ; dans le titre se trouve la volonté de l'auteur de ne pas se laisser happer par ce sentiment qu'il considère comme animal et contrôlable. Il renonce à être dirigé par cette haine pour lui et pour son fils, afin de conserver la lucidité nécessaire à la compréhension et à l'acceptation de la mort de sa femme. Cette volonté se retrouve dans le récit dans lequel la haine ne transparait pas et dans lequel il se désintéresse des terroristes, auxquels il ne veut pas accorder une place qu'il réserve à sa femme, Hélène.
