Les Ardoines 

Commémoration du 08 mai 1945 (2026)

 

Mesdames, Messieurs

1945 / 2026 déjà 81 ans que nous nous souvenons de la Victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

Le 8 mai appartient à ces dates clefs de l’époque contemporaine, celles qui commémorent les fins de conflits meurtriers marqués par des atrocités innommables, celles qui fondent pour partie l’identité des vivants sur le souvenir des morts. Cette date n’est guère mise en évidence par les autorités qui centrent le propos sur la victoire de la démocratie sur la barbarie nazie. Cette approche permet de toute évidence de faire du 8 Mai un acte fondateur d’une reconstruction. Ce qu’il advient du monde après la guerre est pour partie compris dans les événements du 8 Mai : relations entre les deux grands, entrée en décolonisation, construction européenne. Sans le surestimer, le 8 mai est bien une articulation majeure du basculement du monde dans la seconde partie du vingtième siècle.

Car en effet, il y a toujours eu de la résistance comme le 17 avril 1943 se réunissaient en pleine nuit, dans la région parisienne, quatre militants syndicaux : Robert Bothereau et Louis Saillant pour la CGT, André Tollet et Henri Raynaud pour la CGTU. De cette réunion sortirent deux engagements non écrits : l'un portait sur l'unité d'action et syndicale dans la résistance à l'occupant nazi, l'autre sur la réunification de la CGT dès que l'occupant aurait été chassé du territoire. Ces accords furent effectivement couchés par écrit en octobre 1944.  La réunification de la CGT sera déterminante pour la mobilisation de la classe ouvrière dans la lutte pour la libération de la France du joug nazi et de son serviteur zélé, le gouvernement de Vichy avec Pétain à sa tête.

Quelques semaines après les accords du Perreux en Val de Marne, le 27 mai 1943 se mettait en place le Conseil National de la Résistance sous la direction de Jean Moulin. C'est ce Conseil National de la Résistance qui aura la charge de poursuivre et coordonner la lutte armée contre l'occupant et de préparer les réformes sociales, économiques et démocratiques nécessaires, dès que la libération du pays serait effective. Dans ce CNR, participaient tous les mouvements de résistance, tous les partis politiques, la CGT et la CFTC, un seul absent : le patronat.

C'est le Conseil National de la Résistance qui va tracer en pleine guerre les grandes lignes des réformes de la Libération. C'est la CGT réunifiée qui va arracher les grandes conquêtes sociales que sont la sécurité sociale et les retraites, le triplement des allocations familiales, les comités d’entreprises, les nationalisations comme celles des industries électriques et gazières, les charbonnages, les usines Renault, la création de la médecine du travail etc...

Ne croyons pas que cela est venu tout seul, le patronat s'est battu pied à pied pour contester, empêcher, amoindrir ces réformes, cette révolution sociale. Soyons bien conscients que ces avancées sociales et démocratiques ont vu le jour dans le contexte d’une France ravagée par la guerre. On ne peut donc admettre aujourd’hui, alors que l’argent coule à flot pour les actionnaires, alors que les grandes entreprises et les banques n’ont jamais engrangé autant de profits, que l’on demande sans cesse aux salariés de nouveaux sacrifices.  

Aujourd'hui, alors que les budgets militaires explosent au détriment des services publics et que l'économie de guerre devient un horizon politique, nous devons redire que la sécurité véritable, c'est la justice sociale

Le 8 mai 1945, c’est la victoire de la liberté, des droits de l’Homme et de la démocratie sur la dictature et la barbarie. Des dizaines de millions d’humains sont morts sur les champs de bataille, dans les camps de déportation et d’extermination, des milliers ont été fusillés.  

En conséquent ce qui a été conquis à la Libération dans le contexte économique que l’on sait est la démonstration que la politique d’austérité et de remise en cause des droits syndicaux exigée par le patronat, servilement appliquée par le gouvernement en place, n’a aucune justification.

Il faut donc résister, être offensif pour de nouveaux droits.  

Dans la France d’aujourd’hui, il est urgent d’appliquer une politique qui s’affirme clairement antilibérale car le libéralisme qui met en concurrence les salariés, prône la guerre économique.  

Il faut aujourd'hui faire renaître l'espoir de nouvelles conquêtes sociales.  

Des millions de gens sont broyés dans notre pays de la même manière que sur la planète. Il faut augmenter de façon substantielle les salaires. Il faut combattre la précarité et non pas l'institutionnaliser comme le fait le gouvernement actuel. Ce n’est pas en allongeant les années de cotisations et en réduisant le taux des pensions que l’on va sauver les retraites mais en mettant à contribution les dividendes empochés par les actionnaires. En exigeant une société de plein emploi!

L’histoire de notre pays et en particulier la Résistance a montré que c’est souvent dans les périodes les plus difficiles que nous avons su relever la tête.  

Il faut prendre conscience que nous affrontons un système capitaliste confronté à une crise structurelle. L'enjeu n'est pas seulement de garder nos acquis sociaux, l'enjeu et de bâtir un projet de société économiquement et socialement totalement inédit.   

Oui, la crise c'est eux, la solution c'est nous tous ! Maintenant, chers amis et camarades, je vous demande d’observer une minute de silence à la mémoire des résistants, des déportés et des fusillés.

Le 7 mai 2026  

texte de Frederic Faure, lu par David Henocq

photo de Jean-Christophe Retail